Formation des maîtres : une réforme aux conséquences redoutées

Réforme de la formation des enseignants. rentrée 2010

Les débutants, directement affectés à un poste, seront formés sur le tas.

La réforme de la formation des enseignants, dite "mastérisation", continue d'avancer. Les protestations qu'elle déclenche aussi, notamment de la part des syndicats d'enseignants. Ces derniers aimeraient bien alerter les familles sur ses conséquences qu'ils jugent "catastrophiques".

La circulaire de cadrage adressée jeudi 25 février par le ministère de l'éducation aux recteurs et inspecteurs d'académie, ne risque pas de calmer leurs appréhensions. Ce texte, qui régit les modalités de la première année scolaire des enseignants recrutés à la rentrée 2010, en application de la réforme, laisse une très importante marge de manoeuvre aux rectorats. Il expose une série de principes généraux qu'il leur reviendra de décliner dans les académies en tenant compte de leurs spécificités.

Selon cette réforme, officialisée par une série de décrets fin juillet 2009, les lauréats des concours de recrutement d'enseignants seront directement affectés à un poste. Jusqu'à présent, ils effectuaient d'abord une année de formation en alternance (en partie en suivant des cours, en partie dans des classes) dans le cadre des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM).

A cette année de formation professionnelle, la réforme substitue un "compagnonnage", c'est-à-dire diverses formes d'accompagnement des débutants par des collègues expérimentés.

La circulaire indique que cette première affectation se fera dans le cadre d'un dispositif d'accueil en trois temps. D'abord, les nouveaux seront conviés, dans les jours qui précèdent la rentrée scolaire, à se rendre dans leur établissement d'affectation pour y recevoir diverses informations utiles. La circulaire précise que pour les affectations de débutants, les postes difficiles seront autant que possible "évités".

Quels remplaçants ?

Les deux autres temps sont "une formation dans les classes", fondée sur un "accompagnement" et "une ou des périodes de formation continue dispensées par l'université ou toute autre structure qualifiée" (les IUFM ne sont pas mentionnés). La circulaire précise que ces périodes de formation seront "groupées" (plusieurs jours ou plusieurs semaines) ou "filées" (une journée ou demi-journée par semaine) en fonction des besoins.

Au printemps 2009, le ministre de l'éducation nationale (Xavier Darcos à l'époque), sous la pression du mouvement universitaire et des protestations syndicales, s'était engagé à ce qu'un tiers du temps de service des futurs enseignants débutants soit consacré à un "complément de formation".

La circulaire relativise considérablement cet engagement. Elle précise que "l'accompagnement" des débutants "fait partie intégrante de la formation et se décompte ainsi dans le tiers-temps".

Par ailleurs, "dans toute la mesure du possible", les nouveaux enseignants du primaire seront accompagnés jusqu'aux vacances de la Toussaint par des collègues "expérimentés".

L'essentiel du tiers-temps serait ainsi consommé dans le primaire. Dans le secondaire, cette première phase d'accompagnement n'est pas prévue par la circulaire, mais certaines académies, comme celle de Montpellier, avaient présenté dès janvier des projets en ce sens, et n'excluaient pas non plus des stages de cinq à six semaines au second semestre.

Courtes ou longues, ces périodes de formation posent un problème de remplacement : le texte incite les rectorats à "diversifier" leur vivier de remplaçants, en faisant appel à des contractuels et à des étudiants de deuxième année de master "ayant déjà effectué des stages ou des remplacements". C'est là, un des éléments qui scandalisent les syndicats.